la justice suisse et la politique russe

par | Déc 16, 2015 | Russie | 0 commentaires

« Vu que la justice russe ne fera rien pour des raisons évidentes, nous espérons que la Suisse va ouvrir une enquête puisqu’il blanchit l’argent dans votre pays ». Propos recueillis pour Le Temps auprès de la Fondation Anti corruption qui dénonce la corruption parmi les hauts-fonctionnaires russes.

Lieux: Genève

Date: 16.12.2015

La justice russe ne ferait rien parce que l’homme accusé de blanchiment est le fils du procureur général de Russie. La position de son père lui permettrait d’agir en toute impunité dans son pays. Le premier ministre Dimitri Medvedev a dénoncé un retour à des « méthodes dignes des années 30 », allusion à l’incitation à la délation pratiquée sous Staline. C’est désormais « l’affaire Tchaika »

 

La vidéo qui détaille les accusations portées contre la famille du procureur général de Russie a été vue des millions de fois

 

Illustration de l’importance que prend l’affaire, le procureur général lui-même, Iouri Tchaika, a sorti l’artillerie lourde pour se défendre. Il a dénoncé un complot des services secrets américains pour le discréditer lui et sa famille. Un classique du genre.II en appelle aussi au méchant de l’histoire russe des années 2000: il accuse le financier Bill Browder d’être à l’origine de cette campagne de diffamation.

Bill Browder a été qualifié par les autorités russes de « danger pour la sécurité de l’état ».

Patron d’un fond d’investissement qui a été actif en Russie, le Britannique d’origine américaine a été condamné par contumace en 2013 en Russie à 9 ans de prison pour fraude fiscale, mais surtout il mène une campagne judiciaire contre des fonctionnaires de la police russe accusés d’avoir détourné de l’argent du fisc russe et tué un avocat pour se protéger. C’est l’affaire Magnitski. Elle passe aussi par la Suisse. Ces fonctionnaires de police y blanchiraient leur argent. Des fonds ont été gelé par le Ministère public de la Confédération.

 

Une troisième affaire judiciaire en Suisse dérange les politiciens russes

L’enquête pénale ouverte – toujours par le Ministère public de la Confédération – en début d’année pour soupçon de blanchiment d’argent et de gestion déloyale entourant les attributions des Coupes du monde de football de 2018 et 2022 agite le Kremlin. On y est persuadé que son seul but est d’enlever à la Russie l’organisation de la coupe en 2018. Encore un complot mené par les Etats-Unis contre la Russie. La représentation russe en Suisse cherche désespérément à savoir ce qui se passe actuellement au sein de la FIFA.

 

Le conseiller fédéral en charge des affaires étrangères Didier Burkhalter est respecté par Vladimir Poutine selon diverses sources diplomatiques russes. Notamment pour son rôle en qualité de président de l’OSCE dans le conflit en Ukraine. Mais il n’est pas sûr que le ministre suisse parvienne à expliquer au président russe et à son entourage la notion de séparation des pouvoirs entre justice et politique